ARRIVEE DE JEAN-MARC BOCQUET

dans le Denaisis
retour en photos, et avec son homélie

HOMELIE de J.-Marc BOCQUET
 
 
            A quoi on sert ? Comme chrétiens, quel est notre rôle, notre fonction, notre mission au cœur de cette société ? Il me semble que, dans les mutations énormes que vit notre monde, il est nécessaire de se poser cette question, vitale pour nos communautés.
            Je ne chercherai pas la réponse en de subtils développements philosophiques. Quelques indices seulement, ici, tout proches, sous nos yeux et à la vue de notre cœur et de notre intelligence.
-         l’attention à tous ceux qui sont en péril. Directement, ou par le soutien à des associations, organisations ou collectifs qui oeuvrent à remettre des gens debout, à défendre les déchus, les méprisés, les personnes en désarroi. Victimes de ces calamités sociales que sont la misère, la maladie, la solitude, l’indifférence, le racisme.
Chez les chrétiens, ils s’appellent Secours Catholique, CCFD, SEM, Enseignement catholique. Partageant le combat obscur et quotidien de combien d’instances laïques.
-         réfléchir pour agir sur les injustices. En rechercher les causes pour agir en profondeur, et injecter de l’humanité et du respect au cœur des relations sociales. Je suis témoin de l’expertise des mouvements d’action Catholique sur ce terrain.
-         Rendre honneur aux gens. Leur témoigner qu’ils sont importants, qu’ils valent, jusqu’au fond de leurs misères, plus que tout l’or du monde. Qu’ils ne sont pas « des bêtes ». Vous avez sans doute tous déjà entendu cette parole qui en dit long : « On veut pas être enterré comme un chien ». Et là, notre service est sans concurrence. Par la célébration des liturgies, rendez-vous rares mais vitaux pour beaucoup. Mariages, funérailles, baptêmes, où, au nom de Dieu, nous affirmons la dignité de ces enfants, adolescents ou adultes. Notre mission s’y exprime d’ouvrir à la fête, de fleurir la vie.
-         Indiquer qui nous trace le chemin : Jésus-Christ, dans son expérience avec les gens de son époque, jusqu’à aujourd’hui. Le bonheur, la paix, la reconnaissance du prix et de la dignité de chacun, voilà ce qui se dit et représente dans les paroles de l’eucharistie : « Ceci est mon corps, ceci est ma vie, livrée pour vous ». Dans la prière quotidienne et discrète des groupes de croyants et communautés religieuses, amoureuses des gens en qui elles reconnaissent le visage du Seigneur.
 
           Et notre mission, nous l’accomplissons dans la diversité, par notre souci des gens au cœur de notre cité. L’étonnant, c’est que, aussi limités que nous soyons, par notre humilité même, nous sommes forts. Ecoutés, attendus dans la sécheresse des relations déshumanisées que crée cette société qui a pris l’argent, la puissance et la jouissance pour dieux. J’aime notre Eglise quand elle ose prendre le parti de défendre des plus méprisés des exclus, aujourd’hui les Roms. Et je m’émerveille de l’impact de sa parole. Du rayonnement de ses témoins. Sans violence ni volonté de puissance. J’aime notre Eglise quand, sans bruit, elle sait rendre le sourire à ceux qui l’ont perdu. Qu’elle allume l’Espérance aux yeux des désespérés. Quand, au cœur d’une société d’argent-roi, elle introduit comme mode de relation, la confiance.
 
            Mais…je sais, j’entends la question. « Les temps changent ». L’Eglise n’est plus ce qu’elle était. Ses fidèles, ses permanents, les prêtres, ses moyens matériels diminuent. La mission qui m’est donnée est un défi fou, par la charge de travail qu’elle suppose. Une tâche impossible pour un homme de 60 ans, passablement éreinté déjà, sollicité de multiples parts. La seule voie praticable, c’est d’accomplir cette tâche ensemble. De tirer ensemble la charrue, d’entretenir et de souffler ensemble sur les braises, d’allumer ensemble des lueurs d’Espérance.
            Voilà qui suppose une autre répartition des tâches entre tous les croyants et chercheurs. Dépasser la césure entre prêtres et laïcs. Une autre organisation est à inventer. Et c’est au service de ce projet que j’ai été appelé. Ce n’est pas gagné d’avance. Il y a des obstacles : la rumeur malveillante, les susceptibilités et les découragements, la plainte érigée en attitude, la nostalgie d’un passé définitivement révolu. C’est là que réside mon inquiétude. Je vous le dis, la voie, la voici : s’estimer tous responsables. Prendre conscience de nos talents, avoir suffisamment confiance en nous-mêmes et dans les autres pour entendre les appels qui nous sont faits. Personne n’est incapable, ou indigne, tous, nous avons quelque chose à donner, une pierre à poser. Pour ma part, mon expérience est faite des multiples pépites qui se vivent partout, la vraie richesse d’une Eglise qui vit. La dernière assemblée des mouvements et services avait pour thème : « L’Apostolat des Laïcs, ça marche…»
 
            Je poursuivrai donc parmi vous cette tâche multiple : Apostolat des Laïcs, Solidarité, Mission Ouvrière, interventions et formation. Non comme une concurrence, mais comme un trésor que je mets à la disposition du Denaisis. Ma crainte : que je n’ai pas assez de temps pour les rencontres tous terrains, gratuites, hors piste. Mais ce sera pour chacun d’entre vous l’occasion de déployer votre baptême, votre dignité d’enfant de Dieu capable d’accomplir son travail dans nos quartiers. Vous avez reçu la confiance de Dieu. Il m’appartient de vous la renouveler, et de vous envoyer porter sa tendresse aux gens d’ici et d’ailleurs…
 
 
 
 
                                                            J.-Marc BOCQUET
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