Vous m’avez accueilli tout à l’heure à la manière joyeuse des peuples du Pacifique.
Leur bonne humeur naturelle les aide à vivre le contraste entre l’exiguïté de leur territoire et l’immensité de l’océan.
Nous avons tous dans la tête les immenses statues en basalte de l’île de Pâques.
Plus de 300 ont été répertoriées. La plupart de celles qui sont encore debout, tournent le dos à l’océan et semblent protéger le peuple en dissuadant d’affronter les risques marins.
Seules, une dizaine de ces statues affrontent les eaux du regard comme pour encourager un secret désir d’aventure.
Quand vous arrivez là-bas, au milieu des rires et des chants, vous êtes couverts de fleurs, non pas parce que vous êtes un étranger, mais parce qu’ayant franchi la mer, vous êtes devenu une sorte de "frère de risque". Vous faites partie de la famille de ceux qui se risquent au-delà de leur horizon naturel.
Vous avez suivi les indications de vos statues qui vous invitaient à prendre le large.
C’est ce même enjeu qui s’offre à nous à travers les textes de ce dimanche des Missions.
Moise décrit par le détail les modalités d’un vivre ensemble. On pourrait lui reprocher d’enfermer le peuple dans un communautarisme étriqué, s’il ne faisait pas de cette manière d’être, la condition pour répondre au plan de Dieu.
Plus tard, Jésus, répond à ceux qui veulent le piéger, que ce communautarisme dans lequel ils se sont enfermés, les a coupés d’une alliance vitale avec ce même Dieu.
Aimer Dieu et le frère humain, c’est tout un et l’un ne va pas sans l’autre.
Au fils du temps, notre Eglise a aussi dressé ses statues qui ont délimité son espace, mis des limites à ses ambitions premières. Statues du langage….Statues des méthodes…Statues des influences et des pouvoirs…Mais les statues qui invitaient à tourner le regard vers le vaste monde s’étaient faites plus rares.
Aujourd’hui, on ne peut plus se bercer d’illusions. vos trois soirées de session de rentrée, les témoignages et les appels des intervenants nous ont remis devant une évidence :
LES PROBLEMES INTERNES DANS LESQUELS NOTE EGLISE SE DEBAT, NE TROUVERONT PAS DE SOLUTION SI NOUS NE DICIDONS PAS D’ETRE PRIORITAIREMENT TOURNES VERS NOTRE MONDE POUR ETRE AVANT TOUS A SON SERVICE.
Ce n’est pas un hasard si nos évêques nous invitent à entrer dans l’année de la diaconie, l’année du "service".
Repérer bien sur, de quelle manière nous sommes au service des relations de qualité entre hommes de ce temps, au service de la justice et de la dignité pour chacun.
Service de se savoir aimés par un Dieu un peu fou.
Mais aussi repérer les initiatives qui viennent de tous les horizons, répondent à des besoins infiniment variés et FONT SIGNE à une humanité qui éprouve de plus en plus le besoin de se donner un sens.
Nous ne trouverons pas de salut dans de nouvelles stratégies savamment élaborées, mais en reconnaissant comme "intéressants" et incontournables les bouts de chemin même occasionnels que nous faisons avec d’autres.
Qu’un Vicaire Episcopal à qui on demande de quoi demain sera fait, réponde "je ne sais pas", est une invite secrète à entrer dans
cette "fraternité de risque" dont je parlais tout à l’heure.
Un mot commode en guise de ligne de conduit : pourquoi pas ?
Hélène et Thomas sont sollicités pour former une équipe avec d’autres couples pour prendre en charge l’accueil des fiancés.
Elle répond "pourquoi pas?"
Elle dit par-là ne pas tout savoir mais croire possible la rencontre et l’échange en vérité entre personnes qui mettent l’amour de l’autre au cœur de leur vie.
Dire "Pourquoi pas?" C’est un parti pris d’optimisme, c’est entrouvrir une porte, croire qu’un possible est appelé à prendre chair….
Devenir "frères de risque" un beau programme, somme toute!
Pas "casse cou" mais prêt à se laisser surprendre.
Par l’inattendu et avoir le ressort nécessaire pour y répondre.
Notre premier " frère de risque", le ressuscité à fait rapidement des émules. St Paul en témoigne quand il reconnaît comment les gens de Thessalonique se sont risqués à suivre ce Jésus alors qu’ils avaient à leur disposition les richesses et la puissance du monde grec de l’époque.
Ils ne semblent pas avoir regretté leur "pourquoi pas ?" En réponse au discourt de Paul.